Le monde du **Compas Direct** est en deuil. André Déjean, trompettiste, compositeur, arrangeur et membre fondateur du légendaire orchestre **Les Frères Déjean**, est décédé le **11 septembre 2026**, à l’âge de 75 ans, dans un hôpital de Floride. Figure majeure de la musique haïtienne, il laisse derrière lui une œuvre qui a profondément marqué plusieurs générations de mélomanes.

**Un architecte du son Déjean**

Né le **7 juillet 1951**, André Déjean fut l’un des piliers du groupe créé à Pétion-Ville dans les années 1960, d’abord sous le nom **Les Frères de Pétion-Ville**, avant de devenir **Les Frères Déjean**. Aux côtés de ses frères — Fred, Philippe, Camille et Lyonel — il contribua à façonner une identité musicale reconnaissable dès les premières mesures : une section de cuivres puissante, des arrangements soignés et une élégance sonore devenue signature.

Son travail de **trompettiste, tromboniste, arrangeur et directeur musical** a donné naissance à des classiques du répertoire du **Compas Direct** tels que :

– *Marina*
– *Débaké*
– *Arrêté*
– *Mots Créoles*
– *Maléré*
– *L’Humanité*

Leur premier album, *Haïti* (1974), ouvrit la voie à une série de productions marquantes : *Pa gain panne*, *International*, *Bouki ak Malice*, *L’Univers*, *Non Stop*, *Sans rancune*. Les titres *Débaké* et *Arrêté*, issus de *Bouki ak Malice*, demeurent parmi les morceaux les plus emblématiques du groupe.

**Un musicien respecté, un mentor exigeant**

Déjean appartenait à une génération de musiciens pour qui la discipline, la précision et les répétitions rigoureuses étaient essentielles. Ses pairs louaient son sens du détail, son professionnalisme et sa capacité à tirer le meilleur de chaque instrumentiste.

Il accompagna également de nombreux artistes haïtiens et internationaux, dont **Nelson Ned** et **Ansy Dérose**, et resta toute sa vie fidèle à la trompette. Une anecdote célèbre raconte qu’un propriétaire de magasin de musique à Manhattan, impressionné par un solo de *Marina*, lui offrit une trompette sur-le-champ.

**Entre Haïti et la diaspora**

Installé aux États-Unis, André Déjean continua de jouer, d’enseigner et de transmettre son savoir. Il rejoignit même le groupe **Nu-Look** durant les dernières années de sa carrière, apportant à la formation moderne l’expérience et la rigueur des grandes orchestres des années 60–70.

En 2015, sous la présidence de Michel Martelly, il fut honoré au Palais national parmi cinq musiciens ayant contribué de manière exceptionnelle à la culture haïtienne.

**Hommages officiels**

Le décès d’André Déjean a suscité de nombreuses réactions au sein des autorités haïtiennes.

**Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a déclaré :**
> « André Déjean a laissé son souffle et son talent sur près de six décennies de musique haïtienne. Par la richesse de ses mélodies et son amour inébranlable pour la culture nationale, il laisse une œuvre qui appartient désormais au patrimoine musical d’Haïti et du monde. »

**Le ministre de la Culture, Emmanuel Ménard, a ajouté :**
> « Par son immense talent, il a contribué à hisser Les Frères Déjean au rang des grandes formations de l’histoire du Compas Direct. Ses compositions et arrangements constituent un héritage précieux à préserver et à transmettre. »

**Un héritage qui survivra au temps**

Les Frères Déjean ont accompagné les bals, les fêtes, les rassemblements familiaux et les moments marquants de la vie haïtienne. Pour la diaspora, leurs chansons ont longtemps servi de lien affectif avec la terre natale. Leur influence s’est étendue dans toute la Caraïbe, notamment en **Martinique** et en **Guadeloupe**, où le groupe jouit d’une admiration durable.

La disparition d’André Déjean rappelle que la génération qui a façonné le **Compas Direct** moderne — aux côtés d’autres géants comme André « Dadou » Pasquet — s’efface peu à peu. Préserver leurs œuvres, documenter leurs parcours et transmettre leur musique aux jeunes devient une responsabilité culturelle essentielle.

**Une trompette qui se tait, une musique qui demeure**

André Déjean laisse une discographie riche, témoin d’une période exceptionnelle de créativité haïtienne. Sa trompette s’est tue, mais les enregistrements qu’il a façonnés continueront de résonner dans les maisons, les radios et les pistes de danse partout où le **Compas Direct** vit encore.

**Les Frères Déjean, la communauté musicale haïtienne et la diaspora pleurent un maître. Sa musique, elle, ne mourra jamais.**

nostalgiefm.com

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