Le Tabou Combo de Pétion-Ville: hier, aujourd’hui et demain

43 ans d’histoire musicale

Tout ce qui existe dans la nature vibre à un certain rythme, soit perceptible, soit imperceptible. Le Tabou Combo de Pétion-Ville fait vibrer les cœurs au rythme du temps. Cela ne date pas d’aujourd’hui. Tout ceci se confirme à travers les œuvres de cet orchestre. Le Tabou Combo a mis en circulation un nouveau CD titré Tabou Combo Konpa to the world. Le titre de l’album a nourri ma curiosité. Je l’ai récemment acheté. Je l’ai auditionné avec intérêt et attention. Sur ce CD sont gravées onze chansons (11) aux couleurs variées, aux titres corroborant des textes bien écrits. Ce sont: Gad Etaw, A Mi Me Gusta El Konpa, Happy Birthday Tabou / Ten-n Fass, Kouraj, Atansyon Wap Chache, Lagem Poum Ale, L’Argent Ne Fait Pas Le Bonheur, Indépendance Cha Cha / Rumba Liberté, Prejije, Haïti Survivra, Anye Kite-l Atò. Le Tabou Combo de Pétion-Ville ouvre les portes de son univers au monde entier.

Hier

Toute musique découle d’une autre. Au début des années soixante (60), un mouvement musical et culturel prit naissance en France avec Johnny Halliday, Silvie Vartan, Françoise Hardy, etc. Ce grand mouvement de jeunesse fut vite embrassé par d’autres pays de l’Europe. Il fut connu sous le nom de Yéyé. Ce mot est une onomatopée anglaise “yeah yeah”, un slang / un argot voulant dire «Yes Yes ». Ce mouvement avait aussi atteint les rivages d’Haïti. Il donna lieu à la création de groupes musicaux haïtiens où la guitare jouait un rôle prépondérant mettant l’accent sur des riffs aux couleurs rock and roll, ou rock-jazz. Parmi ces groupes haïtiens, on comptait: Les Mordus, Les Copains, Les Blousons Noirs, etc. Ce style de musique qu’ils jouaient envahit la jeunesse haïtienne de l’époque. Ces formations musicales utilisaient une basse, une batterie, un ou deux chanteurs. Et, contrairement à l’orchestre de Nemours Jean-Baptiste, elles jouaient avec deux guitares. Il faut signaler que l’orchestre de Nemours faisait encore usage des timbales.

La Genèse du Tabou Combo

Après la disparition des groupes haïtiens à influence Yéyé, une nouvelle forme de musique prit naissance. Un nouveau groupe de quartier vit le jour. Il fut baptisé « Los Incognitos ». Il s’est dissout un beau matin. Une autre formation musicale, nouvelle tendance, nouveau format, a été conceptualisée et créée. Il s’agit du Tabou Combo. Ce serait une grave omission de parler du Tabou Combo sans mentionner les noms d’Albert Chancy et d’Herman Nau qui eurent l’idée de créer ce nouvel orchestre. C’était en août 1968. Ils se sont inspirés de Tabou Fleur, un magasin de fleurs à Port-au-Prince qui fut très connu pour les services courtois qu’il offrait à l’époque. Ils ont choisi le nom Tabou auquel ils ajoutèrent le suffixe Combo pour le rendre complet et significatif. Le mot Tabou voudrait dire sacré, et Combo signifie combinaison, groupe musical qui ne comporte pas plus de six ou huit musiciens.

Les musiciens qui ont composé ce nouvel orchestre furent Albert Chancy à la guitare (solo), Herman Nau à la batterie, Jean Claude Jean à la guitare rythmique, Yvon André « Kapi » au tam tam- gong, Yves Joseph « Fanfan Ti Bot » au tambour, Adolphe Chancy à la guitare-basse, Paul Gonel à l’accordéon, Sergo Guerrier, chanteur. Roger M. Eugène « Shoubou » intégra le groupe en 1969. Herman Nau fut trompettiste au Lycée de Pétion-Ville avant de devenir batteur du Tabou Combo. Son talent et son sens rythmique lui ont facilité la transition de la trompette à la batterie. Il comprit bien vite que le batteur est le métronome d’un orchestre et il assura ce rôle avec ingéniosité. Il demeure un homme très à cheval sur les principes, on dirait un préfet de discipline qui veille à la bonne marche d’une institution. Il retint le Tabou Combo sur les rails.

Ce jeune et nouveau groupe musical honorait un contrat tous les samedis au Ciné Paramount. Il jouait toujours en première partie, avant la projection d’un film, par exemple “Coplan prend des risques”, “Mama Dolores”, “Devine qui vient dîner”, “Je vais, je tire et je reviens”, “Les travaux d’Hercule, “Des roses blanches pour ma sœur noire”, “Cherchez l’idole”, “Voyage au centre de la terre”, etc. Le public qui répondait à cette invitation hebdomadaire était en majorité composé de jeunes écoliers. Lors, le Tabou Combo offrait des chansons bien conçues telles que Ya Patia, Gislaine, Dans la vie, Carole, Elèv Lekol, Junior, Yon Ti Gason, Natacha, Les Frères Tabou, Ce Pas.
Le Tabou Combo obtint aussi des contrats pour animer des soirées dansantes au salon de quelques commerçants connus de la ville comme “Chez Cienne”, ou encore des kermesses dans la grande cour de quelques institutions scolaires. En 1969, le Tabou Combo a eu son bal d’adieu à l’Hôtel Ibo Lélé. Cet orchestre mit fin à ses activités après le départ d’Albert Chancy pour le Canada. C’était la mort dans l’âme. C’est comme si le rêve de ces musiciens s’était envolé en fumée.

La Renaissance du Tabou Combo

Peu après le départ d’Albert, les autres musiciens ont laissé Haïti. Ils se réunirent aux États-Unis où en 1970 ils se regroupèrent sous le nom de Tabou Combo. Dadou Pasquet remplaça Albert Chancy comme guitariste. Ce fut une excellente acquisition. Dadou apporta une autre couleur tonale au Tabou Combo, sans changer l’essence. Le 31 décembre 1970, le Tabou Combo a joué son premier bal au club Bleu Galant, à New York. En 1972, le Tabou Combo enregistra son premier disque titré “Tabou Combo à la Canne à Sucre”. Sur ce disque 33 tours on retrouve les chansons suivantes: Pression d’Haïti, Bon Anniversaire, Manou, Compas Flon etc. « La Canne à Sucre » fut le nom d’un club / une jolie boîte de nuit à New York.

Le Tabou Combo a connu un succès fou en 1974 avec la chanson New York City, gravée sur le disque du même titre. Ce tube lui a valu une reconnaissance internationale. Il a été classé en tête des grands hit- parades de France. L’Afrique découvrit aussi le Tabou Combo, à partir de ce morceau à succès. C’était l’époque des grandes Discothèques du monde où les Disc-jockeys (DJs), tant Haïtiens qu’étrangers, étaient obligés de tourner la chanson “New York City” pour satisfaire aux exigences des fêtards et égayer leurs soirées. C’était aussi l’époque de la nouvelle danse « Bump », et la coiffure Afro faisait la mode. Le tube “New York City” avait fait de nouveaux riches dans le monde international de la musique, et cela aux dépens du Tabou Combo: bourik travay, chwal galonnen.

L’on se demande même si les gars du Tabou Combo avaient copyrighté cet album en question. Si les mesures légales nécessaires avaient été prises, les musiciens du Tabou Combo auraient été les premiers musiciens haïtiens millionnaires de notre industrie musicale. D’après une source étrangère digne de foi, plus d’un million d’exemplaires de ce disque avaient été mis en circulation et vendus. Même à raison d’un dollar par disque, le Tabou Combo toucherait la barre des millionnaires. Une grande compagnie de production de l’époque a récolté le fruit du travail de ces jeunes musiciens. Trop jeunes, ils n’avaient pas su lors comment profiter des avantages que procurait cette chanson populaire. Ils se contentaient simplement des fortes retombées publicitaires de leur travail collectif et s’en réjouissaient. Dans le temps, les animateurs ne réclamaient pas un sou des musiciens pour diffuser leurs chansons au cours de leurs émissions radiophoniques.

Le lundi 1er septembre 1975, le Tabou Combo avait participé au Carnaval du Labor Day sur les grandes artères d’Eastern Parkway à New York. Avec la chanson « New York City », il avait même fait danser des étrangers tout aussi bien des antillais aux cultures différentes de la nôtre. Le Tabou Combo de Pétion-Ville avait, en cette occasion, drainé une foule immense, un exploit qu’aucun groupe haïtien n’a jamais réalisé dans toute l’histoire de cet évènement culturel. Ceci reste un record à battre. Oh si jeunesse savait !

Le chemin du Tabou Combo n’a pas toujours été tapissé de fleurs. Dans un temps, il était jonché d’épines. Certaines soirées ressemblaient plutôt à des séances de répétition. Le Tabou ne lâcha pas prise et ne se laissa pas décourager. Ces musiciens ont continué à composer de belles chansons. La discographie du Tabou Combo va au-delà de 40 productions. Sur le disque intitulé « Tabou Combo Music Machine », on compte les chansons qui suivent: Light is coming your way, Balance, Tabou Mania, Let’s dance, Mabouya etc. La chanson Mabouya a permis de sceller un accord entre le Tabou Combo et Carlo Santana, ce guitariste mexicain connu de tous. Celui-ci l’a rebaptisée Foo Foo. Il a eu l’honneur d’assurer l’animation musicale à la mi-temps d’une finale de Super Bowl de football américain où il a joué Mabouya / Foo Foo à la satisfaction des spectateurs et téléspectateurs.

Une nouvelle ère

En 1976, Dadou Pasquet décida de laisser le Tabou Combo. Elysée Pyronneau vint le remplacer, évitant ainsi une rupture qui aurait retardé le groupe dans sa course. Celui-ci n’avait aucune difficulté à s’adapter au style du Tabou Combo. Sa connaissance en musique classique l’avait beaucoup aidé. Après le départ d’Elysée, Ralph Condé a été choisi pour continuer le voyage. Il s’était montré à la hauteur de sa tache. Gary Résil a été aussi guitariste du groupe pendant une courte durée. On vit ensuite venir Gary Josama comme guitariste et aujourd’hui Dener Ceide. Gary Josama a bien assuré la continuité. Sa touche lui a valu le même respect que ses prédécesseurs. Après le départ de Dof Chancy, le Tabou Combo a connu d’autres bassistes. On appréciait aussi le talent d’Yvon Ciné, de Ronald Félix comme bassistes, et depuis des années Yves Albert Abel assure la relève. Il nourrit la flamme. Il a un sens rythmique qui stabilise l’orchestre. Il est le métronome par excellence.

À la fin des années 70, le Tabou Combo a changé de format. Il ajouta une percutante section cuivre qui rend le groupe plus attrayant et plus compétitif. Le keyboard aussi se met en première page d’importance et change la configuration du Tabou Combo. On ne peut de si tôt oublier Ernst Marcelin, ce pianiste / claviériste d’une simplicité rare. Sa mort tragique, en 1990, toucha profondément tous les membres du Tabou Combo. En cette même année, le groupe fit appel à Fabrice Rouzier pour remplacer le défunt. A l’époque Fabrice étudiait à Washington D.C / Maryland. Il était toujours présent aux prestations du Tabou Combo malgré la distance qui sépare New York de Washington D.C / Maryland. La versatilité de style de Fabrice le place parmi les meilleurs du moment. Après lui, le Tabou Combo a eu Dany « Lebeau » Pierre comme claviériste / pianiste. Il avait aussi le talent de chanteur. Il fut le chouchou du Tabou Combo et du public.

Aujourd’hui

Certaines gens se demandent si le Tabou Combo existe encore puisqu’on ne le voit plus animer des soirées dansantes à New York ou aux environs du Big Apple. Le samedi 22 octobre prochain, le Tabou Combo animera une soirée dansante où il partagera le podium avec le System Band d’Isnard Douby et le Skah-Shah de Cubano à Oceana Hall à Brooklyn, N.Y. Ce sera la Soirée des Légendes du Kompa comme l’indique l’affiche. Le Tabou Combo poursuit son chemin tranquillement avec assurance et continue de récolter des lauriers de succès. Il brille aussi avec éclat sous d’autres cieux. Le samedi 3 septembre 2011, il se trouvait en Suisse pour honorer un contrat alléchant. Le lendemain, ces musiciens se retrouvaient à Eisenhower Park à Long Island, New York pour participer au festival traditionnel de Fos Baron. Le Panama l’a triomphalement accueilli le weekend du 17 septembre 2011. Cette formation musicale doit se rendre en Afrique, particulièrement au Gabon pour honorer de multiples contrats. Il y restera du 26 décembre 2011 au 2 janvier 2012. Le Tabou Combo bouge au rythme du temps. Une source africaine digne de foi m’a appris qu’un groupe de professionnels du Bénin, ex-Dahomey, pense offrir un autre contrat au Tabou Combo pour Janvier 2012.

Il reste quatre membres originaux du Tabou Combo que je nomme « le noyau indivisible du Tabou Combo », autour duquel ont gravité et gravitent encore d’autres talentueux musiciens. Je ne pourrais laisser passer sous silence la présence et l’apport de Jocel Almeus, actuel claviériste du Tabou Combo. Jocel est très doué. Il est un arrangeur qui s’y connait. Son empreinte profonde se remarque sur le nouvel album de Tabou Combo. L’infatigable Reynald Valmé fait un excellent travail de percussionniste. Il complémente la section rythmique depuis des années.

Demain

L’hybridation musicale demeure l’élément essentiel capable de garantir le « crossing over », c’est-à-dire la traversée permanente « transcontinentale ». Le principe d’hybridation consiste à maintenir le fond de sa propre musique traditionnelle et y insérer d’autres styles pour créer un autre genre, tout en conservant l’originalité. Hybridation diffère de Medley. Hybrider ne veut pas non plus dire plagier! La musique dépasse les frontières tant politiques que sociales. Elle ne discrimine pas. Les membres originaux du Tabou Combo pensent déjà à intégrer des jeunes à qui ils vont passer le relais. Ils promettent de les encadrer pour qu’ils assurent la continuité. En fait, l’homme ne vieillit jamais, particulièrement le poète et le musicien. Il change plutôt avec le temps. Le noyau peut encore tenir.

Le Tabou Combo est bien au diapason. Il continuera de vibrer fort et de façon perceptible. Il existera longtemps si les musiciens allient l’utile à l’agréable. Cet orchestre a surmonté tous les obstacles rencontrés sur son chemin grâce à la discipline, au respect mutuel, à la franche camaraderie, la détermination collective, au respect du public et la foi des musiciens qui l’ont constitué à travers le temps, particulièrement le noyau représenté par Jean Claude Jean, Yvon André « Kapi », Roger M. Eugene « Shoubou » et Yves Joseph « Fanfan Ti Bot ». C’est tout ce qui fait la résilience du Tabou Combo.

Évaluation du CD

La chanson « Gad Etaw » relate les problèmes auxquels les musiciens font face aujourd’hui. Les œuvres des musiciens sont contre-façonnées / « bootlegged » puis vendues à vil prix dans tous les coins de rues. Le message convié à travers « Gad Etaw » met en exergue la situation non seulement des musiciens du Tabou Combo mais aussi celle de tous les groupes musicaux haïtiens. Le groove de cette chanson pivote autour de la guitare de Jean Claude Jean et parait très attrayant. L’harmonisation des voix des choristes, Yves Abel, Kapi, Fancy Queen, Danielle Julmus, reflète un certain professionnalisme. À la batterie, Jonas Imbert contrôle le rythme. La chanson « A mi me gusta el konpa » présente une saveur latine avec la voix chaude de Michel Batista. Batista reste et demeure un excellent chanteur et un grand animateur. La versatilité des musiciens du Tabou Combo se reconfirme. Herman Nau a participé à la réalisation de cet album. Au tambour, le talent de Billy Quinones se reflète clairement.

« Happy Birthday Tabou » est un hommage bien mérité rendu à tous les musiciens qui ont contribué au succès d’hier et d’aujourd’hui de cette formation musicale. Les musiciens confirment et affirment leur présence sur la scène musicale haïtienne. C’est une idée que le refrain traduit avec justesse. Ne dit-il pas: nou la steadfast / ten-n fass, voulant dire qu’ils tiennent la barre encore ferme, tchinbe red san moli. « Kouraj » convie un message d’espoir, de réussite, de concrétisation d’un rêve cher longtemps caressé par les peuples noirs du monde entier. Le Dr. Martin Luther King a eu un rêve qui, après 40 ans, s’est concrétisé. C’est le thème de cette chanson. La voix de Jacob Desvarieux du groupe Kassav ajoute les condiments nécessaires pour rendre le bouillon culturel plus savoureux et appétissant.

«Atansyon wap chache» permet de découvrir Alain Fleurine et redécouvrir Shabbah. « Lagem poum ale » chantée par Dener Ceide est l’œuvre de Fanfan Yves Joseph. Dener Ceide, talentueux guitariste / chanteur, a su ajouter des riffs multicolores sur fond konpa direk et sa voix s’ajuste bien au style qui, d’ailleurs, me parait très innovateur. La composition « L’argent ne fait pas le bonheur » traduit une réalité, montrant que l’argent n’est pas la clef universelle. Fanfan l’a chantée d’une voix naturelle. Shoubou y met son empreinte profonde. Bagueth Moshino y a ajouté les accents qui lui confèrent une couleur africaine en utilisant le Lingala, langue bantoue parlée en République Démocratique du Congo. Le concept musical projette un Tabou Combo qui part à la découverte d’un nouveau monde. La touche de Shedley Abraham à la batterie fait une différence.

Quant à « Indépendance Cha Cha / Rumba Liberté », elle est d’une autre étoffe, d’une autre dimension. Elle est une interprétation de l’originale “Indépendance Cha Cha” de l’artiste congolais Joseph Kabasele Tshamala, aussi connu sous son nom d’artiste Grand Kalle. C’est une jolie chanson. Le Tabou Combo l’a rhabillée aux couleurs locales tout en conservant les accents forts de l’originale. À travers mes recherches, j’ai pu découvrir que le Tabou Combo a aussi mis en circulation une vidéo pour accompagner / illustrer cette chanson. Excellente réalisation! Vraiment, l’originalité ne dépend pas de la matière mais plutôt de la manière. Shoubou n’a jamais été aussi percutant. Il met l’accent sur les mots clés du texte pour bien exprimer l’idée et traduire ses émotions. Sa tessiture vocale constitue son atout majeur. Elle représente le gouvernail qui lui permet d’entreprendre des excursions musicales sans détour, et de passer d’une octave à une autre avec facilité. Il contrôle bien sa respiration.

À travers « Indépendance / Rumba Liberté», les noms de Patrice Emery Lumumba, Nelson Mandela, Toussaint Louverture et Jean Jacques Dessalines sont évoqués avec force et fierté. On voit bien qu’il s’agit des grands architectes de liberté et d’indépendance. Le refrain traduit la joie du peuple congolais après son indépendance: independance chacha tozuwi ye (nous avons obtenu notre indépendance), O kimpwanza chacha tubakidi ( nous sommes enfin libres), O Table Ronde chacha ba gagner o (À la table ronde nous avons gagné), O lipenda chacha tozuwi ye (Vive l’indépendance que nous avons gagnée). Patrice Emery Lumumba a lutté pour l’indépendance et l’unité du peuple de son pays, le Congo. Il s’opposa farouchement aux grandes puissances qui convoitaient les ressources minières de son pays. Il a été assassiné le 17 janvier 1961. Il symbolise la Liberté. L’histoire a bonne mémoire.

« Haïti survivra » est une chanson à tempo modéré qu’Yvon André « Kapi » a interprété avec cœur. Sa voix juste fait ressentir le rythme du cœur et la sensibilité de l’âme de l’artiste. Les syntaxes musicales y trouvent leur application directe. Les paroles sont signées du Dr. Pierre André et traduites par Yvon André « Kapi ». L’arrangement musical est l’œuvre de Paul Hoyle qui, tour à tour, a joué le rôle de batteur, claviériste et percussionniste. Les lignes mélodiques de la guitare sont inspirées et jouées par Devin Arne. Cette chanson est un appel à une prise de conscience collective pour assurer le changement auquel nous rêvons tous.

Dans le morceau « Prejije », King Kino a eu l’espace nécessaire pour faire valoir son talent de chanteur. Le Tabou Combo repose le problème de couleur selon sa vision de la situation. Il décrit la perception que certaines gens se font de l’être noir. La chorale de la chanson l’exprime bien: I am black and I am proud-je suis noir et j’en suis fier. «Anye kitel atò » nous reconduit à la source traditionnelle pour y puiser les merveilleux éléments de notre culture. Elle est teintée d’une couleur racine. Yves Chico Boyer et Monvelyno Alexis, maitrisant bien cette forme de musique, ont pu déverser leur talent à la croisée des chemins culturels, Chico à la basse et Monvelyno à la guitare. Yves Joseph « Fanfan » a fait un excellent travail au niveau des textes de ce CD

Cet album « Tabou Combo Konpa to the world » diffère des précédents, tant au niveau de concept musical, de clarté sonore, des textes, des arrangements que de l’orchestration en général. C’est vraiment un CD-hybride, très commercial, capable de satisfaire tous les goûts, et cela sans distinction de classe, de race, de sexe, d’appartenance religieuse ou politique. Cependant, il lui faut une bonne promotion. Je le redis aujourd’hui: la promotion est au succès ce que le souffle est à la vie.

La morale de l’histoire

Quand on est jeune, on voyage vers le futur tout en acquérant l’expérience qui nous permettra de faire face aux difficultés de la vie et de pénétrer l’inconnu avec prudence et assurance. Quand on atteint un certain âge ou un âge certain on doit souvent revisiter le passé pour découvrir ou redécouvrir les beaux souvenirs laissés dans les tiroirs de l’histoire. Cette forme d’introspection nous permettra aussi, et cela sans tricher, de pointer du doigt nos erreurs afin de les corriger et d’éviter qu’elles ne se reproduisent dans le futur. De cette philosophie, le Tabou Combo s’est inspiré et c’est ce qui est à la base de sa longévité.

On doit aussi se rappeler que le passé c’est la référence, le siège de l’expérience acquise au fil des ans. Le présent c’est l’actualité, ce que nous vivons pleinement, et le futur c’est tout ce qu’ensemble nous pouvons réaliser si nous avons une foi profonde et croyons en une cause commune. En ce sens, le Tabou Combo a réussi. À la lumière de ce principe, le peuple haïtien pourra aussi s’unir et réussir.

Succès et Bonne chance Tabou Combo

Jean Robert Noel
robertnoel22@yahoo.com

 

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