Un taptap (bus typique d’Haïti) dont la façade affiche clairement la préférence de son propriétaire au mini-djaz Skah Shah #1. © Gage Averill

Konpa ! La musique populaire en Haïti (5)

5. MINI-DJAZ ET MIGRATION

Un taptap (bus typique d’Haïti) dont la façade affiche clairement la préférence de son propriétaire au mini-djaz Skah Shah #1.
© Gage Averill

 

Yéyé et mini-djaz
Dans les années 1960, les enfants de la classe moyenne urbaine se mettent à jouer du rock & roll et d’autres styles internationaux sans abandonner pour autant le konpa-direk. Ils montent des combos (orchestres) aux influences rock, appelés yéyé (terme provenant du refrain des Beatles “She loves you, yeah, yeah, yeah”) qu’ils nomment, Les Copains, Les Aces de Pétion-Ville, Les Jets, Les Vampires, Les Mordues, Les Blousons noirs, Les Shelberts, Les Loups Noirs… Ils se produisent dans les salles de cinéma, les fêtes de lycées, à Radio d’Haïti ou encore au Rex Théâtre. Ils interprètent leur propre répertoire (qui compte aussi des tubes konpa) et jouent dans un format orchestral réduit, augmenté de congas et d’une cloche. Format qui est la colonne vertébrale de ce qui est rapidement appelé mini-djaz.
En 1962, l’Hôtel Ibo Lélé monte un petit combo constitué de musiciens provenant d’orchestres yéyé. Appelé à ses débuts Ensemble Ibo Lélé, il se nommera plus tard Ibo Combo. Combo pour rappeler leur affinité affichée pour les petits combo de jazz et les groupes de bossa nova du Brésil. Avec Tit Pascal et José Tavernier à la guitare, le groupe joue une forme de konpa-direk revisité par le rock et le jazz comme dans le titre “La Vie Musicien”. Peu après, apparaitront les groupes Tabou Combo, Bossa Combo et Shoogar Combo (qui empruntent tous l’appellation combo).

Dans un pays où le taux d’alphabétisation est très faible, les radios ont joué un rôle considérable dans la diffusion de l’information, dans le renforcement des communautés et dans la diffusion des nouveaux sons. Elles ont parfois servi de studios d’enregistrement et d’espaces de rencontre et d’échange pour les musiciens.
© Paolo Wood

Naissance de deux mini-djaz légendaires : les Frères Déjean (1963) et les Shleu-Shleu (1965)
En 1963, un autre groupe de jeunes s’engage dans la révolution mini-djaz lorsque deux frères de Pétion-Ville, André et Fred Déjean forment Les Frères Déjean (appelés initialement Les Frères de Pétion-Ville), avec André à la trompette et Fred au saxophone.
Puis, en 1965, des étudiants de Bas-Peu-de-Choses (un quartier de la classe moyenne) montent une petite formation sous la direction du saxophoniste alto Tony Moïse, et prennent le nom de Shleu-Shleu. Dada Jacaman, homme d’affaires syrien-mulâtre, devient très vite leur manager.
Après avoir entendu les Shleu Shleu jouer à la Cabane Choucoune, Nemours Jean-Baptiste crée le terme mini-djaz, afin de distinguer leur approche musicale en petit combo et aux influences rock (c’est l’ère de la mini-jupe) de sa formule konpa-direk.
Fort d’une efficace promotion commerciale, les Shleu-Shleu font du format mini-djaz un véritable phénomène. Smith Jean-Baptiste, le batteur du groupe, joue un rôle déterminant dans l’intégration de la batterie au konpa, bien que le rythme très strict à 5 notes, joué sur la charleston (basé sur le rythme traditionnel kata) soit attribué à Herman Nau du groupe Tabou Combo. Avec la guitare de Serge Rosenthal, Les Shleu-Shleu amènent également de nouveaux niveaux d’écho et de réverbération au konpa. Et Moïse (puis ses successeurs) crée au saxophone alto un son original typiquement haïtien.
Très vite, les Shleu-Shleu font de la musique une activité à temps plein et commencent à enregistrer des albums.

 

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Premier album des Shleu Shleu, sorti en 1967 sur le label Ibo de Joe Anson (notez l’orthographe initiale du nom du groupe).
Écoutez-y le morceau instrumental “Compass X”, qui illustre bien le style de leur saxophoniste ténor lead, Tony Moïse :

Les mini-djaz se spécialisent dans une musique de danse légère pour adolescents. Cependant, ils enregistrent aussi des ballades patriotiques et romantiques.
Ces mini-djaz sont nombreux à surgir à la fin des années 1960. Leur nom est souvent associé à des quartiers ou des villes: Los Incognitos de Pétion-Ville (plus tard appelé Tabou Combo), Les Difficiles de Pétion-Ville, Les Gars de Sainte Cécille, Les Fantaisistes de Carrefour, Les Shelberts du Canapé-Vert, Les Frères (Déjean) de Pétion-Ville, Les Virtuoses du Saint-Marc, Les Aces du Pétion-Ville, Les Pachas du Canapé-Vert et Les Légendaires de Delmas.

En 1974, 11 ans après leur début, Les Frères Déjean sortent cet album chez Marc Records.
Ils ont toujours été le groupe le plus à l’écoute des évolutions musicales aux Etats-Unis, en Martinique, en Guadeloupe et à Cuba. Sur cet album ils s’inspirent dans leur look de certains musiciens des États-Unis.
André et Fred Déjean font perdurer leur groupe des décennies durant, tout en accompagnant régulièrement d’autres mini-djaz.
Ils sont par ailleurs très appréciés dans les Antilles françaises.

À la fin des années 1960, les mini-djaz sont nombreux et parfaitement établis. Ils enregistrent plusieurs disques par an, jouent au carnaval sur des cha (chars tractés). Les groupes les plus populaires comme Les Difficiles de Pétion-Ville, Tabou Combo, Les Shleu Shleu ou Les Ambassadeurs, enregistrent jusqu’à deux albums par an.

Caractéristiques musicales du mini-djaz
La formule musicale qu’ils ont développé se maintiendra sur plusieurs générations, avec quelques infimes changements au fil du temps.
La section percussions comprend trois musiciens. L’un joue le rythme konpa-direk sur un tanbou (conga). L’autre joue sur la charleston (de la batterie) un rythme basé sur le kata (motif rythmique à 5 notes utilisé dans la musique rara) riche en breaks surprenants. Et enfin le dernier musicien joue sur deux mesures un rythme à l’aide d’une cloche et d’un tom basse. La guitare rythmique et la guitare lead jouent la structure harmonique de base, grilles d’accords et lignes mélodiques principales. Le saxophone alto (plus tard une section de cuivres) joue en alternance avec le chanteur.
Si certains groupes peuvent modifier ce format (Tabou Combo ajoute un accordéon et Frères Déjean une trompette), la plupart s’en tiennent assez fermement à la formule de base.

Si les membres de ces groupes changent beaucoup au cours des vingt années qui suivront, la plupart des musiciens les plus en vue des années 1970 et 1980 font leur début avec les mini-djaz les plus importants de la période antérieure aux années 1970.
A la mort de François “Papa Doc” Duvalier en 1971, la présidence est transmise à son fils Jean-Claude “Baby Doc” Duvalier, un passionné de mini-djaz et de fèt (soirées festives). Jean-Claude embauche (ou commande) des mini-djaz pour ses fêtes au Palais Présidentiel et à sa résidence secondaire de Croix-des-Bouquets. C’est un habitué des boîtes de nuit de Pétion-Ville, et un régulier des concerts de mini-djaz. Son soutien le plus généreux bénéficie au mini-djaz Bossa Combo. Un groupe qu’il a connu avant sa présidence, et qui sera dénommé l’ “orchestre-maison” du Président.
Durant toutes les années 1970, le carnaval explose, le tourisme repart, et les exportations haïtiennes augmentent, avec pour conséquence une embellie économique pour les musiciens professionnels. Les Difficiles de Pétion-Ville se scindent en deux groupes rivaux, D.P. Express et Les Gypsies de Pétion-Ville et créent un nouveau duel musical.

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Les Gypsies de Pétion-Ville (scission des Difficiles de Pétion-Ville) dirigé par le guitariste Robert Martino.
Pour vous faire une idée de leur son, écoutez leur tube de l’année 1973, “Courage”. Le jeu de Robert Martino à la guitare lead superposé à celui à la guitare rythmique de Reynold Nadere, illustre cette improvisation musclée sur deux accords qui est la marque de fabrique de la lignée Difficiles / Gypsies / DP Express :

Danser dans la diaspora: Tabou Combo, Shleu Shleu et Skah Shah
Les groupes importants de cette époque basés en Haïti (Bossa Combo, D.P. Express, Gypsies, Frères Déjean…) font face à la concurrence croissante des mini-djaz qui commencent à émerger dans la diaspora, composés essentiellement de jeunes haïtiens partis étudier à New York et qui commencent à divertir leurs compatriotes nostalgiques, dans des bals de fin de semaine.
Une version états-unienne des Shleu Shleu, sous la direction du guitariste Serge Rosenthal, est créée à New York (elle se scindera plus tard pour former Skah Shah #1). De même, presque tous les membres de Tabou Combo ont, soit émigré et fondé une nouvelle version du groupe à New York, soit rejoint leurs acolytes une fois le groupe bien installé sur la scène new-yorkaise.
De nouvelles séries de rivalités (Tabou vs Shleu Shleu / Skah Shah plus tard) se développent dans les “colonies” haïtiennes des États-Unis et du Canada (d’abord à New York, puis à Miami, Boston, Montréal, et au-delà).


Les discothèques, restaurants et salles de bal qui ont une forte clientèle haïtienne adoptent des noms de clubs haïtiens réputés. La nostalgie pour Haïti est profonde dans la diaspora. Elle s’exprime magnifiquement en 1975 avec Skah Shah dans “Haïti”, un bel exemple de chanson sur l’éloignement, le sentiment de solitude et la nostalgie de la patrie. Les sirènes hurlantes qu’on entend en fond sonore de la chanson, mettent l’accent sur l’inhospitalité du nouvel environnement. La phrase “Ayiti chéri !” (Ma chère Haïti) est chantée sur la mélodie de la méreng classique du même nom qui pleure l’exil d’Haïti. Le titre fait une référence subtile au Vodou avec la phrase “Mézanmi Kouman nou yé ?”, fréquemment prononcée par le lwa (divinité) Papa Gédé dans les cérémonies, et suivi dans la chanson par une ligne mélodique évoquant un rire, également associé à Gédé:
Matin an, mwen leve je m louvri
Gen youn doulè chita sou kè mwen
Mwen sonje peyi mwen, Ayiti cheri !…
Moun lakay pense m erèz
Lè m pa ekri yo kritike
San yo pa konnen se kè m
K ap rache nan Nouyòk…
Mezanmi, nou pa ban m nouvel, o !
Mezanmi, kouman nou ye ?
(Le matin, je me lève et ouvre les yeux
Il y a une tristesse au fond de mon cœur
Mon pays me manque, mon Haïti chérie !…
Les gens au pays pensent que je suis heureux
Quand je n’écris pas, ils me critiquent
Sans se douter que mon cœur
se déchire à New York…
Mes amis, vous ne me donnez pas de vos nouvelles!
Mes amis, comment allez-vous ?)

Tabou Combo et l’internationalisation du mini-djaz konpa

Une des nombreuses versions de l’album de 1975 de Tabou Combo, “8th Sacrement”, comprenant le tube “New York City”. Des versions de cet album (ainsi que des singles) sont sortis en France, au Royaume-Uni, en Allemagne et même en Turquie.
Tabou Combo gagne très peu d’argent avec le succès international de l’album, mais celui-ci aura fait d’eux les leaders mondiaux de la musique haïtienne et leur aura permis de jouer dans les discothèques du monde entier.

Le titre “New York City” de Tabou Combo, extrait de l’album “8th Sacrement” sorti en 1975, s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires en France. Il devient un tube majeur en France et aux Antilles françaises, une première pour un groupe haïtien. Avec son rythme konpa enlevé, ses lignes de guitare inventives, son jeu à l’accordéon caractéristique, et ses excellentes paroles en appel-réponse, le morceau entre au panthéon des deux ou trois chansons préférées de la musique populaire haïtienne.
Peu après, le groupe se sépare de son accordéon. Et en 1976 le guitariste Dadou Pasquet quitte Tabou et forme son propre groupe, Magnum Band.
Tabou se réorganise alors autour d’un noyau constitué de cinq musiciens originels : Herman Nau (batterie), Yvon “Kapi” André (cloche/tom basse), Adolphe Chancy (guitare basse), Yves « Fanfan Ti-Bot » Joseph (congas) et Roger “Shoubou” Eugene (chant). Et de plus en plus, produit une musique de danse imprégnée d’influences extra-haïtiennes.
Tabou Combo, Skah Shah, Magnum Band et d’autres groupes de la diaspora (en Haïti, Scorpio et D.P. Express) commencent à imiter les sections de cuivres de la musique cubaine, de la salsa, et de groupes de funk étatsuniens comme les Commodores, Tower of Power, Parliament-Funkadelic et Earth Wind & Fire, ou encore de groupes des Petites Antilles comme les Grammacks ou Exile One. De même, Tabou et d’autres groupes adoptent et personnalisent le look Afro-futuriste de certains groupes de funk états-uniens.

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Cet enregistrement en trois parties d’un concert de Tabou Combo sur la place Boyer de Pétion-Ville (Haïti) en 1984 rend compte du groupe à son apogée. La partie 3 comprend les chansons “New York City” et “Mabouya”, deux de leurs plus grands succès. Malheureusement dans la partie 2, proposant les titres “Panama Querida”, “Pase sou” et “Et Alors”, la guitare est à peine audible :

 

 

 

Ti Manno et le konpa angajé (engagé)
Au début des années 1980, quelques-uns des principaux mini-djaz basés en Haïti commencent à prendre leurs distances avec le régime de Jean-Claude Duvalier et même à critiquer le gouvernement. Bossa Combo, pourtant ancien “orchestre-maison” du régime, est l’un des premiers à participer à ce mouvement musical angajé. Mais l’étape la plus importante est franchie par D.P. Express, alors l’un des deux groupes les plus populaires en Haïti. En 1979, D.P. recrute un jeune chanteur charismatique de Gonaïves surnommé Ti-Manno (Antoine Rossini Jean-Baptiste), tout juste de retour en Haïti après quelques années passées à jouer dans les mini-djaz de Boston, Shupa Shupa, Astros, et Volo Volo. La diaspora étant essentiellement anti-duvaliériste, Ti-Manno se distingue des nombreux musiciens restés au pays souvent complaisant avec la dictature. Sa voix claire et son vibrato distinctif touchent des hordes de fans et fait de D.P. le champion incontesté du konpa de cette période.
Au carnaval 1979, D.P. sort le très démonstratif “E! E! E! E! E !”, un morceau dont les paroles disent, Eséyé fè yon bagay kap sévi timoun kap grandi (Nous devons faire quelque chose pour les enfants), et à l’attention des riches, Pa rété pran vakans (Ne restez pas en vacances), une référence au proverbe “Maléré toujou bouké, rich-yo toujou nan vakans” (Les pauvres sont toujours fatigués, les riches sont toujours en vacances).
En tournée à la Dominique au moment où l’ouragan David sévit dans la Caraïbe, dans son désir d’être avec les siens en danger, le groupe lance le message patriotique :
Nan ti peyi m sa, se la si m grangou m manje
Nan ti peyi m sa, se la si m malad y a trete
(Dans mon petit pays, si j’ai faim, je mange
Dans mon petit pays, si je suis malade, je suis soigné)

Photo de couverture de l’album “David”, dont la chanson éponyme évoque les réactions à l’étranger aux dévastations de l’ouragan David dans la Caraïbe.
Ti Manno est au centre de la photo, poing fermé et torse nu. L’album traite également de l’exploitation des femmes et des travailleurs en Haïti. D.P. Express est le premier mini-djaz en Haïti à proposer des messages critiques.

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Ci-après, un extrait d’un concert à New York de Ti-Manno et Gemini All Stars, le groupe qu’il forme après avoir quitté le D.P. Express en 1981 :

Ti Manno est parmi les premiers musiciens du mouvement mini-djaz à affirmer que la musique doit apporter sa contribution à l’avancée politique du pays. D’autres le suivront, et la période qui conduit à l’exil de la famille Duvalier en février 1986 voit de nombreux mini-djaz se joindre ouvertement à des musiciens du mouvement rasin (racines) et à des auteurs-compositeurs angajé dans un rejet d’une Haïti totalitaire.
[Notez que la résistance musicale à Jean-Claude Duvalier est abordée en détail dans un article que j’ai écrit et qui est disponible sur lameca.org : sera remis en ligne sous peu].

D.P. Express au carnaval de Port-au-Prince, jouant sur un cha (chars tractés), entouré de milliers de fans.© Steve Winter

De 1965 (environ) aux années 1980, les mini-djaz (et leur évolution dans de plus grandes formations) occupent une place centrale dans la musique haïtienne, aussi bien en Haïti que dans la diaspora (nombreux sont ceux à se produire encore aujourd’hui). Durant cette période, le son des mini-djaz konpa est consolidé, et connaît des variations continuelles. Des avancées importantes se produisent avec leur participation à des festivals internationaux, leur présence active dans les marchés du disque ou encore à l’occasion de leurs tournées (jamais à la satisfaction des musiciens haïtiens qui se sont sentis isolé internationalement). Les grandes rivalités se créent et se jouent au carnaval.
Il est difficile d’imaginer jusqu’à quel point ces groupes ont contribué à l’optimisme et à la joie des générations qui grandissent sous la dynastie des Duvalier. Au final, la plupart de ces groupes ont joué un rôle certain dans les transformations du pays au moment où celui-ci rejette le totalitarisme et embrasse une transition chaotique, discutée et difficile vers la démocratie.

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SOMMAIRE
1. La bèl épòk : la musique populaire de la 1ère moitié du 20ème siècle
2. Troupes et chanteurs traditionalistes
3. Twoubadou et gwenn siwèl
4. Les origines du konpa et de la kadans
5. Mini-djaz et migration
6. Nouvelle génération et retour aux racines
Extraits musicaux
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par Dr Gage Averill
Docteur en ethnomusicologie, spécialiste des musiques populaires haïtiennes, professeur et doyen à la Faculté des Arts de la University of British Columbia (Canada)
© Médiathèque Caraïbe / Conseil Départemental de la Guadeloupe, 2016-2019

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