Ibo Combo « la vie musicien » et « Café »

Par Roland Léonard

Si on veut connaitre la genèse des minijazz haïtiens, il faut écouter le CD Ibo Combo
« La vie musicien » de cette formation qui fit les belles soirées du Shango de l’hôtel « Ibo Lele » de 1964 à 1967 environ.
Tandis que le « konpa » de Nemours et de Sicot agonisait par manque d’imagination et par épuisement dans une longue et stérile polémique, naissait une nouvelle formule, une musique neuve.
A l’audition de ce disque, on fait tout de suite la différence d’avec les suiveurs et autres « combos » de leur génération.

Formé de jeunes gens très doués, âgés de dix-huit à vingt-cinq ans, peu lecteurs, possédant de bonnes oreilles et pratiquant les « head arrangements », cet ensemble tranche sur tous ses contemporains et rivaux par sa maturité dans ses goûts harmoniques, modernes pour l’époque, ses influences venues du jazz et de la bossa-nova brésilienne, ses dettes envers la meringue haïtienne classique – façon François Guignard- ses rappels nostalgiques de Saieh ou d’Edner Guignard.

La couleur orchestrale et l’instrumentation en général y sont uniques et enchanteresses, inoubliables pour les mélomanes : piano (Jacques Duroseau), guitares (Alix « Tit », Pascal et Phito Joassin), sax alto et ténor (Lionel Volel) ; accordéon (Jacques Paul Eugène) ; contrebasse (Ferdinand Dor), batterie et leader (José Tavernier), chanteurs (André Romain et José Tavernier). « La vie musicien », « Créole musette », « Bébé mini-jupe », « Mireille », « Choucoune », « Marché rinmin », Saxo meringue », « Fleur d’amour », « Adeline », « Ghislaine », « Ti Razeur »…

Que de souvenirs impérissables ! Que de minutes et d’heures enchanteresses ! Des « hits » obsédants ! La houlette et les conseils judicieux de Herby Widmaier, en ce temps-là expliquent la supériorité de IBO-COMBO.
Autrefois, dans ma passion, j’aurais accordé un 10 sur 10 à cet « opus » ; avec le temps je me suis arrêté sur certains détails mineurs qui dans le fond ne gâchent pas la valeur du produit; il y a de toute évidence de petits flottements dans la rythmique ; les choeurs ne sont pas tout à fait justes.
Parue auparavant en microsillon « 33 tours » et « long playing » TAM-TAM-102st, l’oeuvre a été reprise en CD par Marc Records avec le numéro de série CD417 L’aventure devait s’interrompre brutalement et momentanément en janvier 1967, à cause d’un accident tragique, un attentat par balles à la vie du guitariste « Tit Pascal », qui s’en sortit paralysé des deux jambes ; elle allait reprendre sept (7) ans plus tard à New-York avec de nouvelles têtes, de nouveaux timbres et comme de fait une nouvelle couleur orchestrale ; en relief, les « vents » et puis trois guitares (solo, accompagnement, basse), une batterie ; une paire de congas et des percussions. Soit Edgard Dépestre Gaguy (maestro, sax ténor et flûte), Boulo Valcourt (guitariste chanteur), José Tavernier, (chanteur, tambourineur), Michel Laraque (guitare), Lyonel Oriol (guitare-basse), Réginald Policard (percussion), Jean Alix Laraque (batterie), Sony Séraphin (percussion), Raymond Guillaume (saxophoniste), Gérard Jean-Baptiste (trompettiste). Les influences sont les mêmes à peu près ; les compositions sont de Boulo Valcourt, d’Ansy Dérose et de Coupé Cloué.

L’empreinte du jazz y est plus forte, plus manifeste dans les riffs très nombreux et swingants, les solos de sax, de trompette, de flûte, de guitare, véritables morceaux de bravoure. L’album « Café », autrefois de Macaya Records, repris par Antilles Mizik (AMCD 9148), résume cette nouvelle épopée. De belles dissonances ! De beaux pastels ! Un « back-ground » orchestral en relief avec les « vents ». A signaler les morceaux clés du disque : « Café » superbe boléro-blues ou R\’n\’B à partir d’une composition orginale d’Ansy Dérose, et la « Symphonie des Mouches » de Jeannot Montes et Boulo Valcourt. Des orchestrations et arrangements mémorables ; et puis bien sûr les autres « hits » « Ti gaçon », « Mateau », « Femme totale », « Belle fleur », « Ti chérie », « Rat la », « Marie », « Apran n metye ». Syto Cavé y faisait ses armes de parolier avec Boulo. A écouter absolument !

Roland Léonard
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